Paso Agua Negra et 130 km de piste dans le noir
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Paso Agua Negra et 130 km de piste dans le noir

« La générosité de certaines personnes croisées en chemin, ça ne s'explique pas. Ça se reçoit. »

On remet le réveil. Ça faisait un moment. Pas de gaieté de cœur, mais il paraît qu'on reprend la route. Départ du Chili et retour en Argentine : une journée longue et ennuyeuse, une rencontre qui rattrape tout, un col à 4700 m et une piste qui finit dans le noir. La reprise est musclée.


La longue route vers Socos

Jessy et Priscilia sont levés depuis belle lurette et déjà partis quand on charge les motos à 10h20. L'objectif du jour : se rapprocher de La Serena, 500 km plus au nord. On savait que la journée serait longue et ennuyante sur une route droite... Elle l'est.

On fait quand même un détour par Zapallar, sur les conseils de Jessy. La ville est luxueuse, bien placée au bord de la mer. On en profite pour déjeuner, on s'était mis en tête de manger des empañadas pour faire attention au budget, on se retrouve à dépenser 40 000 pesos pour un restaurent vu mer, l'échec. L'après midi, les péages s'accumulent tout au long de la route, pas grand-chose à chaque fois, mais à l'arrivée on a bien lâché huit à dix euros, mauvaise surprise.

On arrive aux thermes de Socos en fin d'après-midi. Deux choix: Hôtel à 98 000 pesos ou camping à 20 000 pesos. on prend le camping, notre budget nous dit merci. À 18h30, la toile est montée et il fait déjà nuit. Le vent s'installe, le froid avec, il n'y a pas âme qui vive ici. On est à deux doigts d'aller se coucher sans manger.


Luis, notre ange gardien

Alors qu'on à s'apprête à "cuisiner" pour le diner, Luis apparaît. Il loue une cabane sur le camping, pas très loin d'un terrain qu'il est en train d'aménager pour y construire une maison. Il voit qu'on gèle et nous propose un café et un gâteau au chaud. On accepte avec plaisir.

Au moment où on décide de faire bouillir de l'eau pour un paquet de nouilles chinoises, il nous demande si on veut aller au restaurant. Il propose ses clés de voiture, puis finit par nous emmener lui-même et nous inviter. On est quasi gênés par la proposition, mais on accepte.

Luis

Il nous conseille un chacarero, un burger avec des haricots verts. « Le meilleur », dit-il. C'est effectivement délicieux. Même Thomas en mange, c'est pour dire ! On passe deux heures à table à discuter. Luis nous parle de sa vie : sa fille avocate en Australie, sa femme décédée, son travail, la maison qu'il est en train de faire construire. Il nous apprend un mot chilien, « cachai », sortent d'expression fourre tout du genre "tu vois quoi". Bref, on rentre au camping les ventres pleins, bien heureux de cette soirée improbable.


Vicuña et Sandra, notre bonne étoile.

Le lendemain, Luis a prévu le petit déjeuner : un yaourt sucré avec des Chocapics. On plie les affaires, quelques mots échangés et les au revoirs. À 10h, on est sur le départ.

On file à Ovalle faire quelques courses et renvoyer les cartes de métro de Santiago qu'on a oublié de rendre à Jessy, puis on prend les petites routes vers Vicuña. On ne sait pas trop à quoi s'attendre, bitume ou offroad. On est agréablement surpris de tomber sur de l'asphalte avec de nombreux virages. On traverse des petits villages, des maisons qui ressemblent à des cabanes, une pauvreté apparente, mais des paysages splendides. On grimpe tranquillement, on tombe sur un bout de ripio chilien facile, on passe le col dans le cœur de la montagne. C'est splendide, très différent du reste du Chili traversé jusqu'ici.

On arrive à Vicuña vers 16h, on se pose pour un café, et le logement est trouvé en cinq minutes : Casa Lucila. Pendant qu'on déguste notre café, une Française nous interpelle : « C'est à vous les motos ? » Elle est installée à Vicuña depuis un mois et envisage de rester. Elle nous explique que la région est très prisée des astronomes parce que le ciel y est d'une clarté exceptionnelle, presque zéro pollution lumineuse. Elle nous parle de son auberge, Scorpius, où elle réside et travaille un peu. On prend le nom, au cas où.

Bien nous en prend. La Casa Lucila a fait un doublon de réservation et finalement la chambre n'est pas disponible. On décide donc de filer à Scorpius. Il faut monter le trottoir pour y accéder, mais les motos peuvent dormir à l'intérieur, nickel. Ricardo, le proprio, est fan de nos motos, on passe une bonne soirée à discuter. On prépare notre infusion aux feuilles de coca pour demain, histoire d'affronter les 4700m d'altitude du Paso Agua Negra vers l'Argentine.


Paso Agua Negra : 4700 m sous infusion de coca

Avant de partir, on à le droit à une séance photo des motos dans le patio de Scorpius, Puis direction la PDI chilienne (le commissariat local) pour un duplicata de la carte de voyage d'Adeline, qu'elle a perdue. On nous dit que La Serena est l'endroit le plus proche pour en obtenir un... On a pas spécialement envie de faire demi tour, c'est à presque 60 km de là, on tente sans et on verra bien à la frontière.

À 10h15, on se lance. Plein d'essence à Rivadairo, il nous reste 83 km avant la frontière sur une route très belle, pleine de lacets. Au poste frontière, la personne de la migration demande le PDI d'Adeline... Merde. Thomas montre le sien, ça passe. Tant mieux. Maintenant qu'on a passé la frontière chilienne, on s'engage sur la plus belle route de passage de frontière qu'on ait pu voir depuis le début de notre voyage.

L'asphalte commence magnifiquement. Les couleurs des paysages changent, les roches ocres et jaunes prennent toute la place. Puis le fameux panneau : « Fin de pavimiento ». Le ripio commence sur un lac splendide entre les sommets. L'infusion de coca fait son office, on ne ressent pas le mal des montagnes. Les lacets s'enchaînent, on monte doucement. D'un coup le col apparaît, 4700m, on y est. Huit arrêts pipi, quinze photos et cinquante « waouh » plus tard, on est bien au sommet.

agua negra

Les lacets de la descente n'enchantent pas Adeline, mais ça se fait. On croise quelques motards en sens inverse. On arrive à la cabane des carabineros pour donner nos noms et numéros de plaque, preuve qu'on est bien passés sans encombre, puis file jusqu'à Las Flores.

On n'a pas déjeuné de la journée, et on réalise qu'il y a un changement d'heure. Il est presque 17h lorsqu'on arrive coté argentin. On se pose à la station essence pour manger sur le pouce et chercher où dormir. La plupart des campings sont fermés en cette saison, mais on trouve un camping à Bella Vista. C'est charmant, il y a une cuisine couverte, on décide de monter la toile à l'intérieur histoire de se protéger du froid. Nouilles chinoises pour Thomas, crudités pour Adeline et dodo on est rincé de notre journée.

agua negra

L'Argentine et ses routes, ses asados, ses nuages

Les jours suivants, on retrouve les immensité de l'Argentine, quelques longues lignes droites, mais aussi des virages à faire pâlir les Cévennes sur la route 150. Le soir à Villa Union, la réservation tombe à l'eau : la Casa de Coy est en travaux, pas de toit, un peu gênant... On retourne à l'Hôtel Palermo, le patron nous avait abordé plus tôt dans la journée, on est content de trouver ce plan de secours. Le lendemain, 1er mai, on se fait tirer les oreilles pour avoir libéré la chambre à 11h au lieu de 10h. Le proprio a une fête. On est en tort, fair enough. Mais quand on part, il discute encore avec la femme de ménage. Bref...

À l'heure du déjeuner on s'arrête sur une aire de pique-nique, aux côtés d'Argentins qui préparent un asado pendant qu'une course de moto se prépare dans le coin. Ils nous font signe, Thomas parie qu'on va être invités. Bingo ! Quelques bons morceaux de viandes et des échanges sympas. On fait une petite vidéo pour la famille et les copains, ils veulent absolument être dedans. On enchaîne avec une petite séance photo avant de partir. Faux départ parce qu'Adeline a oublié son sac à dos... heureusement qu'on entend les appels de loin!

San Juan

Notre retour en Argentine est aussi marqué par des paysages changeant et une météo capricieuse. Alors qu'on arrive sur El Mollar, on voit au loin un grand nuage qui nous bouche la vue sur la vallée. « Rien de bien méchant », dit Adeline, qui parle trop vite. On le traverse pendant 30 km sur toute la descente : visibilité à deux mètres, lunettes de soleil sur le bout du nez, vaches invisibles sur le bas-côté, visière couverte de gouttelettes, froid qui fouette les yeux. Ce n'est qu'à 10 km de l'arrivée qu'on en sort. La nuit à El Mollar sera musicale, il y une fête dans le bar d'à côté jusqu'à minuit. On pensait être tranquille mais on aura le droit à une chorale canine jusqu'au matin. l'Amérique latine! Le lendemain, on repart avec le soleil mais cela ne durera pas... on croise le même nuage pour sortir de la vallée! Néanmoins, la visibilité est un peu meilleure et on découvre une végétation luxuriante alors que pendant plusieurs jours on a traversé des chemins plutôt secs. Décidément, l'Argentine arrive toujours à nous surprendre même après 3 mois à la parcourir.

On arrive sans encombre à San Miguel de Tucuman, où on rejoint en soirée un groupe de Bitcoiners locaux, "Club Satoshi" pour un meetup improvisé. Quatre heures de conversation en espagnol, autour de Bitcoin en Argentine, vraiment hyper sympa, on repartira avec une casquette en guise de souvenir.


130 km de piste, deux rivières et une arrivée dans le noir

C'est la journée dont on parlera longtemps. À San Miguel, un Argentin admire les motos et nous dit qu'il existe un chemin alternatif à la route 9 qui va jusqu'à Salta. 135 km, paraît-il facile. Après 3 jours d'asphalte, on a envie de retrouver l'offroad. On file donc jusqu'à EL Tala où on dégonfle les pneus pour se lancer sur la piste.

Les premiers kilomètres confirment le pronostic : ripio facile, bonne allure. Puis le chemin se rétrécit, le terrain s'escarpe et se casse. Des ornières, de la boue, du sable, de la pierre. En deux heures, on a couvert 30 km sur les 135 prévus. Et on n'a pas encore croisé les rivières!

La première arrive, un motard est planté dans l'eau. On s'arrête pour l'aider à s'en sortir, il nous sécurise pour passer. Thomas engage l'AJP : c'est profond et un peu tricky, mais la moto passe nickel. Il fait également passer celle d'Adeline pour éviter qu'elle ne tombe dans le courant. On demande quand même: "Y a beaucoup d'autres rivières ?" "Various. Mais celle-ci est la plus profonde"... ça promet.

San Juan

Cinq cents mètres plus loin, deuxième rivière. Thomas passe les deux motos à nouveau. On a fait sept kilomètres en quarante minutes. Thomas s'inquiète, il voit l'heure tourner. Adeline le rassure : si besoin on campe et d'après la carte il reste deux passages difficiles puis ça s'améliore. De toute façon, il faut avancer.

Puis le terrain change. On passe sur l'autre versant, plus sec, la piste s'élargit. On recroise des cours d'eau, mais rien de comparable. La nuit commence à tomber alors qu'on est encore sur la piste. On descend à la tombée du jour sans prendre la peine d'enlever les lunettes de soleil. Dernier passage escarpé, puis tout droit dans le noir. On finit quand même par s'arrêter pour enlever les lunettes de soleil, plus le choix la nuit est bien installée. Au loin, les premières lumières de Guachipas. Il est 19h30 on rentre dans la ville, soulagés.

Thomas est chaud pour continuer jusqu'à Salta où on a une réservation, Adeline n'a pas envie de chercher autre chose. 80 km de nuit sur de l'asphalte, ça devrait le faire. Une dame sur la place du village s'arrête pour admirer les motos et demander une photo. On est sympas mais on ne traîne pas. On arrive à 21h à la Moto Posada de Matias, épuisés et les pieds trempés. Matias est très sympa, on discute autour d'une pizza bien méritée.

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