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Chajari, la ciudad de amigos.

  • Post category:Moto Trip

Il est peu probable que les globe-trotters qui visitent l’Amérique du Sud connaissent cette ville. Elle n’est mentionnée ni par Lonely Planet, ni par le guide du routard. Nous ne sommes même pas certains que les argentins puissent la situer sur une carte. Et pourtant, en ce qui nous concerne, cette ville et ses habitants furent une étape clé de notre voyage.

L'accident

Tout commence le mardi 25 novembre 2025. Pour une fois, nous avons réussi à partir tôt, nous avons roulé environ 100 km sur les chemins ce matin, on est content de notre rythme. Il est environ 12h30/13h quand on arrive à Chajari, on décide d’y déjeuner: Burger pour Thomas, empañadas/salade composée pour Adeline, on repart repu et de très bonne humeur! L’après-midi s’annonce bien!

De retour sur le rapio, c’est le drame. A une intersection, Thomas se fait percuter par une voiture, on aurait du se douter qu’ici les priorités à droite sont aléatoires!
Comme nous étions encore en ville, l’accident survient à basse vitesse mais le choc est impressionnant: l’avant de la voiture est HS, par chance si on peut dire, tout le contact se fait sur la botte gauche de Thomas, qui explose sous le choc, mais la moto n’a presque rien !

Thomas se relève, ce qui a le don de rassurer Adeline, mais de suite il se plaint d’une douleur au pied et en enlevant la botte on constate qu’il saigne. On craint une blessure grave et un rapatriement en France. On demande au conducteur de la voiture d’appeler une ambulance et très vite les choses vont se mettre en place: la police arrive pour constater l’accident, l’ambulance pour s’occuper de Thomas, les agents de la circulation pour sécuriser les lieux… On est légèrement en stress, on ne comprend pas grand chose surtout qu’à ce moment du voyage notre espagnol est précaire, mais on essaye de suivre le mouvement!

Pendant que Thomas est pris en charge, Adeline reste avec la police pour remplir quelques papiers. On lui explique que selon la gravité de l’accident, et sur décision du procureur, la moto pourrait être réquisitionnée pour une expertise complémentaire. Après quelques minutes d’attente, c’est la décision qui sera prise. Après avoir déchargé toute la bagagerie, la moto est donc chargée à l’arrière du pick-up de la police avec une facilité impressionnante. On sent qu’ici ils ont l’habitude! La police propose ensuite de charger toute la bagagerie de Thomas à l’arrière du deuxième pick-up conduit par les agents de la circulation et d’accompagner Adeline à l’hôpital.

Arrivée sur place, Adeline voit la voiture de Police avec la moto de Thomas; changement de plan, le procureur a décidé de ne pas réquisitionner sa moto! 

On ne va pas se mentir, à ce moment-là de l’histoire, c’est la confusion totale pour Adeline. Elle se retrouve devant l’hôpital avec sa moto, celle de Thomas, et toutes ses affaires en vrac. Elle ne sait pas vraiment comment elle va gérer tout ce merdier mais la priorité c’est d’aller voir Thomas. Ovando, un pompier volontaire qui a géré la circulation, propose de l’accompagner pendant que sa collègue surveille toutes les affaires.

Aux Urgence, c’est l’incompréhension, Thomas et les infirmières se demandent comment c’est possible qu’il n’y ait pas de fracture, cependant la taille et la couleur du pied laissent peu de doute sur une belle entorse… dans le meilleur des cas. Le personnel nous explique qu’on peut repartir quand on veut, mais qu’il faudra repasser demain pour des examens complémentaires.

Sauf que… nous n’avons aucune solution de repli.

Le soutien de los amigos

Lorsque ce type d’accident survient dans un pays étranger, loin de nos repères, cela peut vite devenir compliqué que ce soit matériellement ou même moralement: comment s’assurer de la qualité des soins proposés et plus généralement de la prise en charge médicale? comment trouver un kiné ou encore du matériel orthopédique adapté? comment faire pour remorquer la deuxième moto? ou encore, comment garder le moral alors que l’un des deux est bloqué dans une chambre d’hôtel et qu’il ne peut pas se déplacer?

Dans notre malheur, nous avons eu la chance que l’accident soit survenu à Chajari. Nous avons rencontré une communauté soudée et nous avons pu compter sur le soutien de quelques Amigos qui nous ont accompagnés tout au long de notre séjour ce qui nous a, plus d’une fois, facilité les démarches.

A la sortie des urgences, et sur le moment, nous sommes soulagés qu’il n’y ait pas de fracture. Sauf que quand on voyage à moto, une sortie d’hôpital avec un pied en vrac et une moto à rapatrier, ça demande un peu d’organisation. Adeline avait commencé à prendre des renseignements auprès d’un groupe d’entraide de motards sur whatapps mais rien de concret.

Face à son désarroi, Ovando, qui connaît beaucoup de monde sur Chajari, a pris les choses en main. Il nous a mis en contact avec Céleste, professeure de français, il nous a trouvé un logement et un garage pour remorquer la moto de Thomas et faire les réparations, même si d’apparence il n’y avait pas grand chose. Quel soulagement pour nous 2!

Frédérico, le propriétaire de Chajari Moto est venu nous récupérer à l’hôpital et nous a emmené à l’Hosteria Prince où nous avons été chaleureusement accueillis par Brenda, la réceptionniste. Céleste est ensuite venu prendre de nos nouvelles et a proposé à Adeline de l’emmener à la pharmacie pour acheter des calmants et faire quelques courses.

Et ce n’était que le commencement. Tout au long de notre séjour, ils nous ont aidé pour les démarches médicales et administratives ce qui nous a permis d’être plus serein. 

Même si la radio ne révélait aucune fracture, nous voulions nous assurer que les ligaments n’étaient pas touchés. Suite à un quiproquo, nous avons loupé le rendez-vous à l’hôpital et n’étions pas sûrs d’en avoir un autre rapidement. Nous avons donc décidé d’aller à la clinique mais il n’y avait aucun traumatologue de disponible ce jour-là. Encore sous le choc de l’accident, et très stressés, nous avons pu compter sur l’aide de Viviana, la propriétaire de l’hôtel et sa collègue se sont démenées pour nous trouver un rendez- vous auprès d’un spécialiste.

En moins de 2h Thomas avait rendez-vous chez le traumatologue et passé un scanner dans un centre d’imagerie. En peu de temps diagnostic est tombé: entorse articulation de chopart, entorse articulation lisfranc, entorse du gros orteil avec arrachement osseux… ouch.

Viviana nous a spontanément conduit à tous les rendez-vous. Le soir, elle est revenue avec une botte orthopédique et nous a informés que le kiné viendrait à l’hôtel le lendemain pour voir Thomas. Nous n’avons pas eu le temps de nous inquiéter que tout était bouclé. On n’en demandait pas tant, mais on doit bien avouer que cela nous a soulagé: c’était moins de tracas à gérer!

Dans la semaine, Sergio, un motard qu’on avait jamais rencontré, nous a apporté un colis de nourriture. Il est revenu à plusieurs reprises avec son frère ou avec Ricardo, un ami motard, pour discuter, et prendre de nos nouvelles. Lors d’une de ses visites il nous a même apporté une pizza et des empañadas que nous avons partagé tous ensemble.

Pendant la convalescence de Thomas nous avons également passé beaucoup de temps avec Céleste. Elle et son mari Ricardo nous ont accueilli chez eux pour que Thomas puisse faire ses exercices de rééducation dans la piscine. Elle nous a également aidé à commander de nouvelles bottes. En effet, n’ayant pas la nationalité Argentine, nous ne pouvions pas créer de compte et commander sur Mercado Libre et impossible d’en trouver dans ce petit village. Cela n’a pas été simple, d’autant plus que le premier modèle commandé était trop petit et qu’il a fallu le renvoyer, mais elle n’a jamais perdu patience avec nous et nous a aidé jusqu’à ce qu’on trouve chaussure au pied de Thomas! Au-delà de cette aide, nous avons eu l’occasion de passer du temps ensemble ce qui nous a permis d’en découvrir plus sur sa vie, la ville de Chajari et ses restaurants!

Et puis, il y a Viviana et son équipe. Tous les jours ils étaient au petit soin avec nous, prenant de nos nouvelles, nous fournissant de la glace et une bouillotte pour aider à la récupération du pied de Thomas. Viviana nous a également fait découvrir les termes de Chajari: des bassins d’eau chaude et de l’eau pure pour traiter les maux. On s’est régalés! Nous avons également fait une virée au lac de Chajari avec sa fille Cécilia et Mariano, son beau-fils, ce qui nous a permis d’en découvrir plus sur les beautés de la région.

Voyant que le séjour risquait de durer, on s’est interrogé sur l’opportunité de louer une maison pour pouvoir cuisiner et avoir un plus grand espace. Mais on a réalisé que ces petites attentions du quotidien étaient vraiment importantes pour nous, on avait peur de s’isoler et d’avoir une baisse de moral. Donc même si ce n’était pas la meilleure option en termes de confort, on a préféré rester à l’Hôtel pendant toute la convalescence de Thomas et on ne regrette aucunement ce choix.

Pour remercier toutes ces personnes de leur aide, nous avons organisé un dîner avant de partir. Au menu: boeuf bourguignon! Cécilia et Mariano ont préparé une charmante table sur la terrasse de leur appartement pour l’occasion. C’était un réel plaisir de les réunir avant notre départ, nous avons passé une soirée très conviviale à échanger sur la France et l’Argentine, et notre goût pour l’IPA.

Des célébrités locales

Le plus drôle dans cette aventure c’est que l’accident de Thomas a été relaté dans la presse locale et que nous sommes devenus des stars au niveau local! Même s’il y a souvent des touristes brésiliens, c’était bien la première fois que des français venaient se perdre dans le coin!

Régulièrement, lorsque Adeline allait faire des courses, on lui demandait d’où elle venait (probablement l’accent ahah). Dès que les gens apprenaient qu’elle était “la française dont le mari a eu l’accident de moto”, tout le monde s’empressait de demander des nouvelles de Thomas et lui souhaitait un prompt rétablissement! Impossible de passer incognito dans les rues de Chajari. 

Nous avons quitté Chajari le 20 décembre pour poursuivre notre voyage, mais nous garderons un souvenir ému de notre passage dans cette charmante bourgade. Il y règne une douceur de vivre et une solidarité sans précédent.