
Carretera Austral à moto : du bout du monde vers le nord
« La plus belle vue de notre voyage. C'est magique, irréel. Comment est-ce possible ? »
La Carretera Austral, on en avait entendu parler, il s'agit d'une route légendaire. Tout le monde nous avait dit que c'était incroyable... on était donc hyper excité à l'idée d'entamer cette nouvelle étape du voyage. On l'a faite à rebours, du sud vers le nord, sous des cieux parfois cléments, parfois déchaînés. Du ferry inespéré de Puerto Natales aux grottes bleues de la Capilla de Mármol, en passant par des journées qui comptent parmi les plus belles de tout le voyage.
Le ferry inespéré et les dauphins au milieu des glaciers
Depuis des semaines, on stressait pour ce ferry. Puerto Natales vers Puerto Yungay. Lorsqu'on avait tenté de réserver sur internet, il affichait complet jusqu'en avril. Or, avec les aléas du voyage, impossible de se projeter sur une date. On s'est présenté la veille au guichet, vers 15h en espérant avoir une place pour embarquer. On était prêt à sortir notre meilleur discours mais... il y a eu une annulation, on peut donc embarquer sans même avoir besoin de négocier. Coup de chance.


Bon par contre, on a passé trois nuits sur des sièges inclinables, un peu rude. Notre croisière est rythmée par les appels micros pour passer à table "grupo 1 a 40". Ce n'est pas mauvais mais vue les quantités, ce n'est pas sur le ferry qu'on va grossir. La première journée est grise et froide, mais cela donne un charme particulier, on admire les fjords embrumés. La deuxième est incroyable : on assiste au lever du soleil au milieu des glaciers, des blocs de glace éparpillés dans l'eau. Le bateau est obligé de manoeuvrer pour pouvoir passer entre les morceaux. Puis les dauphins. D'abord un, puis deux, puis plus personne ne les compte. Ils longent le bateau, tout le monde sort sur le pont malgré le froid, couverture sur le dos. Un moment hors du temps. L'après midi du deuxième jour on arrive Puerto Eden. On a deux heures devant nous, on peut faire escale mais on est cantonné au port, une barrière empêche d'accéder au village. On est déçu! On achète quand même une petite tarte pour le goûter et on remonte sur le ferry où on passera une après midi ensoleillée à chiller sur le pont.

Villa O'Higgins : le début par la fin
On débarque après trois nuits sans avoir vraiment dormi. Le bateau nous dépose directement de l'autre côté du lac, côté Villa O'Higgins, car un des ferries habituels est en panne. Les premiers 100 km de Carretera sont poussiéreux, très verts et vallonnés : dépaysement immédiat après des semaines de Patagonie et aride. On adore ce changement d'univers alors qu'on est juste de l'autre côté de la montagne.

On pousse 7 km au-delà de la ville pour trouver le panneau officiel du début ou plutôt de la fin de Carretera Austral. On prend une photo souvenir devant le lac bleu turquoise et on déjeune avec Léa, une jeune Allemande motarde croisée sur le ferry. Puis direction le camping : on écrase une sieste de deux heures, exténués par les trois jour de traversée.
Le ferry du Rio Bravo et Tortel sur pilotis
Ce matin on engage une course contre la montre pour attraper le ferry du Rio Bravo. Alors qu'on voit le bateau arriver, on est bloqués par des travaux. Heureusement, on nous fait signe de passer. On remonte la file de voiture, mais un groupe de motards nous fait la morale : "la fila, la fila !" On se met sur le bas-côté, et finalement, le gros pick-up devant nous ne rentre pas, les deux motos oui. Dommage pour eux. Pendant la traversée, les motards reconnaissent que c'est compliqué d'avoir une place ici, car en ce moment l'un des deux ferry qui assure la traversé et en panne.

Pour déjeuner, on fait une halte à Tortel, une belle découverte : le village est accessible uniquement par des escaliers en bois, les maisons perchées au-dessus de l'eau, la côte d'un bleu turquoise improbable. On ne s'y attarde pas longtemps vu l'heure, mais l'image reste.
Le jour parfait : paso Raballo et le lac bleu turquoise
Journée exceptionnelle. Au cours de notre remontée de la Carretera, on bifurque vers le parc national de Patagonie, pour aller jusqu'au Paso Roballo, à la frontière chilienne. Dès l'entrée du parc, c'est la fête : paysages à couper le souffle, montagnes enneigées, plans d'eau, lumière de Patagonie. On s'esclaffe après chaque virage. On arrive au poste frontière sans vraiment vouloir passer en Argentine. Adeline demande si on peut juste pique-niquer et faire demi-tour. Le chef de brigade est hyper sympa, il met les motos à l'abri et offre le café.



L'après midi, on récupère la Carretera. La route est fermée pour travaux une partie de la journée, mais on arrive à la réouverture et on dépasse une longue file de voitures. On s'arrête à Puerto Bertrand face à une lagune turquoise. Et puis, sur la fin, on longe un lac. Une lumière de fin de journée, une couleur impossible. La plus belle vue du voyage. Magique, irréel.

Capilla de Mármol : deux heures dans le bleu
Puerto Rio Tranquilo mérite sa réputation. On réserve une sortie en barque pour la Capilla de Mármol, les grottes de marbre creusées par le lac General Carrera. Deux heures trente au milieu de l'eau bleu turquoise, dans les grottes où la roche polie par les vagues prend des teintes de rose et d'orange. Les photos ne rendent pas justice à la beauté du paysage. On rentre vers 14h et on se fait un restaurant: filet de merlu sauce incroyable pour Adeline, burger pour Thomas. L'après-midi, lecture au bord du lac, sieste. On a décidé de ralentir et de prendre notre temps.

Vers Coyhaique : food truck, pluie et propriétaire bizarre
Après cette halte, la Carretera reprend ses droits : ripio et asphalte en alternance, paysages toujours beaux mais plus fermés que côté argentin. Vers Villa Castillo, on tombe sur un food truck : La Cocina del Sol. Brigitte, la mère de Thomas nous l'avait mentionné la veille car un elle a vu un reportage à la télé. Coïncidence trop belle, on s'arrête. Burger poulet, oignons caramélisés, avocat: on oublie les bonnes résolutions budget pour se régaler.
Quelques jours plus tard, on arrive Puyahuapi sous la pluie. Après 45 km on est trempé et frigorifié à l'arrivée. Parce que c'est ça aussi la Carretera: des épisodes pluvieux qui n'épargnent pas les motards mais qui rendent ce paysage unique. On décide de séjourner à l'Hosteria Rayen. Le gérant est étonnant : il met Thomas dehors pour enlever la veste de pluie, explique à Adeline qu'elle ne parle pas bien le castillan, refuse de donner la clé de la chambre. Ici on ne ferme pas à clé. On n'est pas très à l'aise mais la chambre est propre et le lit chaud, alors on laisse couler.
Chaiten sous le déluge et la fin approche
On profite d'une accalmie pour reprendre la route direction Chaiten. Le soleil est de retour mais il fait frais. Alors après avoir déjeuné face à la mer, on pousse jusqu'au salon de thé La Panera Bakery. Le patron est adorable, tarte framboise et pain au chocolat. Un moment réconfortant après une matinée à grelotter.
Cependant, la pluie finit par nous rattraper et la nuit de camping est agitée : vent violent, pluie par vagues, matelas qui se dégonfle trois fois. Au matin, la toile se plie en deux dans le vent. On plie tout en catastrophe et on décide de prendre une chambre en ville plutôt que d'aller camper à Caleta Gonzalo où on doit prendre un ferry le lendemain.


Le lendemain, la pluie ne se calme pas mais au moins on a dormi au chaud. On prend un dernier ferry vers Hornopiren. Il s'agit en réalité de deux traversées successives dont une de quatre heures avec un chanteur de musique traditionnelle qui fait danser tous les Chiliens dans la cabine. Il y a une ambiance de folie dans le bateau, cela réchauffe l'atmosphère! Lorsqu'on arrive Hornopiren, on découvre de la neige sur les sommets. C'est beau et on n'est pas pressés de repartir.
Dernière étape: Puerto Montt et Puerto Varras, toujours sous la pluie... décidément, la Carretera aura été fidèle à sa réputation. Malgré tout, on est un peu triste d'avoir déjà atteint la fin et avec elle, la fin de la Patagonie.

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