Tierra del Fuego à moto : neuf jours au bout du monde
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Tierra del Fuego à moto : neuf jours au bout du monde

« Ushuaïa, c'était un objectif depuis longtemps. Mais ce n'est pas une fin en soi. »

La Tierra del Fuego, on y est enfin. Neuf jours sur l'île la plus australe du monde, entre refuges gratuits, pistes à guanacos, kendo au bout du monde, et une arrivée à Ushuaïa qui nous a remué.


Les premiers kilomètres sur l'île : ripio chilien et refuge de fortune

On quitte Porvenir après une nuit réparatrice. Thomas a perdu ses gants mérinos sur le ferry. On tente d'aller voir à la capitainerie puis au bateau s'ils ont trouvé quelque chose: rien. Avec tout ça, on décolle avec une heure de retard mais on est prêt à découvrir le ripio chilien: rien à voir avec l'argentin. C'est large, roulant, presque une autoroute. On n'en revient pas. En revanche, on a dû prendre un bidon de 5L d'essence car ici les stations essence se font rare, surtout quand on passe au coeur de la Tierra del Fuego.

En début d'après-midi, on s'arrête à la réserve des pingouins. Un couple de motards partis du Mexique nous dit que ça vaut le détour mais on trouve que c'est cher et la séance de 14h est complet. Aucun regret, on trace jusqu'à Cameron. C'est un tout petit village mais il dispose d'une boutique où on peut s'acheter de quoi déjeuner. Même si c'est frugale, c'est la seule boutique à 200 km à la ronde, alors on en profite pour faire le plein. On poursuit notre après midi sur la côte. On est complètement déconnectés, hors du temps, loin de tout... le paysage est aride, rude, mais c'est incroyablement beau. Pour la nuit, un cycliste nous a parlé d'un refuge à l'entrée du village qui est gratuit, alors que le camping est relativement cher. On décide de s'y installer: il y a de quoi faire un feu et installer les lits de camps. Il ne fait pas très chaud mais au moins on est à l'abri du vent et de la pluie qui s'invite au moment où on s'installe. Le timing est parfait.

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Le station essence illégale et les lacs du bout du monde

Au matin, direction le Parador Rusfin pour refaire le plein. En arrivant, on ne sait pas trop ce qu'on voit : des usines, des engins agricoles, et au fond un complexe hôtelier. Le propriétaire nous explique que selon la loi chilienne ils ont été contraint de fermer après 30 ans d'exploitation, mais il vend quand même de l'essence car il y a une forte demande puisqu'il n'y a rien d'autre à des kilomètres. 25 litres à 50 000 pesos chiliens, on paye le prix fort. On en profite également pour prendre un petit déjeuner copieux: 15 € par personne. Ouch, heureusement que l'omelette est délicieuse. Le budget de la matinée est explosé avant même d'avoir démarrée, mais au moins on peut continuer notre voyage le ventre plein.

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40 km plus loin on arrive à Pampa Guanaco : encore un village fantôme. Mais en faisant le tour, on découvre un refuge avec une cuisine et une douche chaude: improbable! On décide de revenir ici pour dormir ce soir, de toute façon, il n'y a pas grand chose d'autre dans les environs. On part en excursion vers les lacs. La piste est facile, mais les guanacos qui déboulent sur la route au dernier moment nous obligent à rester alerte. On découvre le Lago Deseado depuis la montagne qui nous émerveille avec ses reflets rouges, puis le Lago Fagnano, avec son eau bleu turquoise, immense. De retour au refuge, on prend une douche chaude fortement appréciée après 1 nuit de bivouac. Des cyclistes débarquent vers 20h30. On leur fait un peu de place mais ils ne profitent même pas de la douche chaude, quel gâchis !

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Rio Grande : Thomas mène le cours de kendo

On passe la frontière argentine à la mi-journée dans un poste perdu au milieu de rien. Les douaniers sortent de leurs cabanes pour faire le job. Il y a peu de passage par ici. On arrive à Rio Grande vers 14h. Il y a cours de kendo ce soir et le dojo peut nous prêter une armure. Go.

Le Sensei est premier dan. En apprenant que Thomas est quatrième dan, il lui demande d'assurer le cours. Thomas ne s'en réjouit pas, mais il n'y coupe pas. Le niveau du club est honnête pour une petite structure. On boit une bière avec les membres du club après. C'est ça aussi, voyager à moto : se retrouver à diriger un cours de kendo au bout du monde un lundi soir, sans n'avoir rien demandé !


Ushuaïa : le bout du monde, enfin

Le jour J. On prend la route en sachant qu'on va y arriver. On est excité comme des enfants à Noël. Ce qu'on ne savait pas, c'est que la route finale est de la route de montagne. Des virages, des vues, des forêts, une bonne surprise ! On arrive aux portes de la ville à 17h. Incroyable, on y est. On prend bien évidemment LA photo souvenir, les deux motos devant le panneau, et une espèce d'émotion difficile à définir. On est parti il y a des mois avec cet objectif dans la tête, et maintenant on y est...

La ville est surprenante. À l'entrée, c'est industriel, portuaire, pas fou. Mais en s'enfonçant dans les rues, les montagnes apparaissent de partout. On a prévu de loger dans une moto posada, l'endroit est très sympa et le propriétaire chaleureux.

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Photos de touristes, poste austral et asado improvisé

On passe deux jours pleins à Ushuaïa. On s'est fixé quelques missions de la plus haute importance: prendre une photo au panneau El Fin del Mundo et devant la structure Ushuaïa. On a de la chance, il y un grand soleil, on prend notre temps pour découvrir la ville. On profite du beau temps pour aller parc national au bout de la route 3 l'après midi. On n'avait pas anticipé que l'entrée serait payante mais le gardien est sympa et nous propose une petite ristourne sur le prix de l'entrée: 50 000 pesos pour les deux, on décide donc d'y aller. On découvre le fameux bureau de poste le plus austral du monde dans un décor de bosquets et de montagnes. On est content de l'avoir vu. En revanche le reste du parc n'est pas exceptionnel. Pas de regret non plus, on a eu un temps magnifique.

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En rentrant, Thomas interpelle Adeline : « devine qui est là ». Maer, notre ami tunisien, celui qu'on croise depuis des semaines sur la route. On rencontre également Douglas, qui vient d'Alaska et qui a réalisé une expédition en Antarctique pendant 8 jours. On aurait bien aimé la faire mais cela représente la moitié de notre budget du voyage... on passe notre tour! Avec tout ce petit monde, le propriétaire propose de faire un asado, ce qu'on accepte bien évidemment. Tant pis pour notre programme, les vidéos et le journal de bord attendront. On se couche à 2h du matin, bien heureux de cette soirée.

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Avant de repartir Douglas nous propose d'échanger notre sacoche d'essence de 3 litres contre sa 11 litres, trop grosse et encombrante pour lui. On doit bien avouer qu'avoir 11 litres en prévision de la route des lagunes en Bolivie nous arrange bien ! Un échange qui tombe à pic.


Quitter Ushuaïa

Tristesse tristesse. On plie les affaires sous le soleil et on prend la route vers Rio Grande. Les 210 km ne seront pas fun, mais ils sont nécessaires. On serait bien resté plus longtemps mais on espère prendre un ferry pour Puerto Natales qui part le 5 mars, il faut être dans les temps. La Carretera Austral nous attend et on veut être de retour en Argentine avant les premières neiges de l'automne.

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À Rio Grande, l'hôtel réservé nous explique qu'il n'y a pas d'eau chaude. Comme Adeline n'a pas fait de prépaiement, on change de lieu pour s'installer à l'hôtel Fin del Mundo. Il est excentré mais la vue mer est incroyable. Et puis surtout, c'est un vrai repère à motards : on voit de nombreuses photos de voyageurs rencontrés en France et en Amérique latine qui sont passés par là. On profite d'avoir l'après midi devant nous pour monter la rétrospective vidéo des quatre mois. Le soir, on rencontre Amélie, une interne en chirurgie qui a pris une année sabbatique. On parle bien évidemment voyage, galères, projets. On se couche encore tard mais ces moments-là valent bien une nuit courte.


La feria de Cerro Sombrero et le dernier ferry

Dernier jour sur l'île. Sur les conseils du proprio de l'hôtel, on décide d'aller directement à Punta Arenas. On passe la Frontière à San Sebastian : une heure pour les deux côtés. Les Chiliens fouillent à nouveau toutes les sacoches. On s'arrête à Cerro Sombrero pour manger et on tombe sur une feria locale. On est les deux seuls touristes. Il parait qu'on peut avoir à manger gratuitement mais la file d'attente est très longue. On décide donc d'aller acheter à manger à un stand, et on reprend la route à regret. On serait bien resté pour la soirée.

On arrive au ferry à 16h25. Il décolle à 16h30. À peine le temps de charger les motos qu'on est déjà parti, nickel. La Tierra del Fuego s'éloigne derrière nous. Ça fait quelque chose de l'avoir quittée... Mais on n'a pas trop le temps de trainer, il nous reste 180 km jusqu'à Punta Arenas où on a réservé une chambre chez l'habitant. Prochaine étape ? La Carretera Austral!

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