Pérou à moto : canyons de Colca et Cotahuasi, puis Ica et Lima
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Pérou à moto : canyons de Colca et Cotahuasi, puis Ica et Lima

« On adore le Pérou. Mais le Pérou nous fatigue. »

Alors que les parents d'Adeline partent vers le canyon de Colca en bus, nous on récupère les motos au garage d'Arequipa. Au programme : les canyons de Colca et de Cotahuasi, puis la côte jusqu'à Ica et un crochet par Lima. Des paysages à tomber mais une logistique qui nous épuise.


La reprise et le canyon de Colca

Le 27 juin, c'est la reprise ! À 9h15 on est au garage, ce qui n'est pas si mal nous connaissant. À 10h15, tout est rangé, on est prêt à partir sauf que deux motards français débarquent et se mettent à discuter de voyage avec nous. Lorsqu'on se décide à partir, la moto de Thomas refuse de démarrer : il faut rebooster la batterie. Finalement, on décolle réellement à 11h15.

Sortir d'Arequipa prend plus d'une heure. Bouchons, dépassements sans visibilité sur la route de montagne... on serre les dents. On s'arrête déjeuner dans un restaurant très touristique, on voit même des bus débarquer et ça se sent un peu sur les prix : 30 soles le plat, c'est plus que d'habitude mais on mange très bien. L'après-midi, la circulation se calme et les paysages deviennent incroyables. À l'entrée du canyon de Colca, on croise un poste de contrôle où on nous réclame 70 soles par personne. Une fortune, alors qu'on veut juste emprunter la route. Après discussion, on nous laisse passer à condition de ne pas revenir demain. C'est noté ! Arrivée à Cabanaconde à 17h15, pizza, dodo. La reprise, ça fatigue.

Vallée du Colca et ses cultures en terrasses vues depuis la route de Chivay
On entre dans la vallée du Colca, et les paysages deviennent incroyables.

Crevaison sur la place du village

Le lendemain, on arrive à partir à 9h30, presque un exploit. On longe le canyon sur une piste qui n'est pas compliquée, à part le vide juste à côté qui est assez impressionnant. Le paysage est magique, on se régale. Et on ne sait pas pourquoi, mais après Ayo, au milieu de nulle part, la piste se transforme en route goudronnée. Cela nous permet de tracer, enfin pas longtemps: à la sortie d'un virage, Adeline voit que Thomas a crevé de l'arrière. « Ah oui, c'était bizarre la conduite aussi. » Tu m'étonnes, le pneu est complètement à plat.

Rivière turquoise au fond d'un canyon aux falaises ocre après Ayo
Après Ayo, la route plonge au milieu des falaises et des cascades. Juste avant la crevaison.

Il fait très chaud, on est au milieu de rien. On décide donc de faire marche arrière et de retourner au village qu'on a croisé 5km avant. On y a vu une lanterna, un réparateur de pneu. Sauf qu'elle est fermée et le gars ne répond pas sur WhatsApp. Il est 13h30, on a la dalle. On décide de s'installer sur la place du village pour réparer le pneu mais avant on file manger. On trouve un petit restaurant mais il n'y a plus grand chose à manger. La dame nous informe qu'elle ne nous attendait pas (nous non plus en réalité) mais nous propose du riz aux légumes, avocat et chicha morada. Parfait.

À 14h, toujours pas de nouvelles de la Llanteria. On attaque donc le changement de chambre à air sur la place du village. Thomas galère déjà à desserrer la roue, et avec des pneus rigides, ce n'est vraiment pas simple. On essaie de se rappeler comment on avait fait avec Gaétan. Finalement, à force de patience on réussit à enlever la roue, à changer la chambre à air mais l'heure file et il parait plus prudent de dormir là ce soir. Adeline file donc réserver un logement, en espérant qu'on ait assez de liquidités car on n'a plus que 100 soles.

Après trois heures de bricole, la nouvelle chambre à air est en place. On s'est entraidés sans trop s'engueuler, on est hyper fiers de nous.

C'est évidemment le moment que choisit le gars de la Llanteria pour débarquer, prévenu par une dame du village. On n'est pas passés inaperçus. Il nous aide sur la fin, mais il s'y prend comme un bourrin et Thomas vérifie tout derrière lui, tension de chaîne comprise. À 18h30, c'est enfin fini. Cela nous aura pris quatre heures au total, mais on l'a fait. On essaye de voir si on peut réparer l'ancienne chambre à air mais elle est criblée de petits trous, irréparable. On espère juste qu'ils viennent du roulage à plat sinon on va être embêté pour aller jusqu'au prochain magasin moto. Le soir, le restaurant est fermé alors on se fait des pâtes au réchaud. Avec toute cette fatigue à 21h30 on est couché et on dort!


Cotahuasi, le canyon qui n'en finit pas

Le lendemain matin, on est rassuré, la pression dans le pneu a tenu. On file à Cotahuasi, avec une portion que la police qualifie de « route » puis de « piste ». On a du mal à voir la différence : il y a du sable dans chaque virage, des bosses partout. Mais des camions passent, alors pourquoi pas nous. À Cotahuasi, la banque est fermée. On retire quand même dans un petit bureau, avec 10 % de frais, parce qu'on est sérieusement à sec. Avec tout ça, on n'est pas en avance et on déjeune un poulet-frites à 16h30. Normal. On profite de la fin d'après midi pour bichonner les motos : chaînes, filtres à air, stickers. Elles sont prêtes à repartir.

Piste en lacets qui serpente dans les montagnes sur la route de Cotahuasi
« Route » ou « piste » ? Sur le chemin de Cotahuasi, on a du mal à voir la différence.
Volcan enneigé au-dessus d'un haut plateau désertique sur la route de Cotahuasi
Sommet enneigé et coulée de lave au bout de la piste vers Cotahuasi
Là-haut, les sommets enneigés nous accompagnent.

Le 30 juin, on s'engage dans le canyon de Cotahuasi. Sur le papier, c'est de l'asphalte. En vrai, il y a des trous partout, du sable dans les épingles, et on ne fait que monter et descendre dans la vallée. C'est très beau, mais c'est long. À Oyolo, comme prévu, il n'y a rien à manger, on se fait donc un pique-nique. Vu l'état de la route, et le nombre d'épingles qu'on enchaine, les 80 derniers kilomètres nous prennent trois heures. On arrive à Pauza à 17h30, avec un mal de fesses incroyable. C'est très beau le canyon de Cotahuasi mais on aura passé 200 km à descendre puis monter les différents versants de la montagne. Aucune ligne droite ni aucun plat... on adore la montagne mais ce n'était pas de tout repos.

Canyon de Cotahuasi, ses terrasses et ses lacets vus d'en haut
Versants colorés et vallée verte au fond du canyon de Cotahuasi
Le canyon de Cotahuasi

Sur la place du village, on tombe sur l'hôtel Pampinito qui comporte un garage. Autant dire qu'on ne cherche pas bien longtemps où on va dormir ce soir. On dépose nos affaires et on ressort sur la place prendre un goûter. Ici c'est facile, il y a des stands de bouffe partout, on a l'embarras du choix. On s'arrête à un stand et on rencontre une enseignante qui se met à nous parler en anglais pour pratiquer, du coup la vendeuse nous prend pour des Américains. On passe de l'anglais à l'espagnol, avec des phrases approximatives, mais chacun en ressort avec un petit truc en plus. Elle nous invite à la fête de son école, jeudi. Mais on vient de reprendre la route, on n'a pas envie de s'arrêter.


Puquio et la terre molle de Chaviña

« Il y a beaucoup, beaucoup de virages », nous prévient le gérant de l'hôtel ce matin alors qu'on s'apprête à prendre la route. Google annonce 6h jusqu'à Puquio, mais lui pense qu'on va mettre plus de temps. Après la journée d'hier, on a un peu la flemme mais on verra bien, il faut qu'on avance. En réalité, la route est meilleure que la veille, on arrive même à avoir 200 m de ligne droite. Un exploit. Les paysages sont magnifiques et on se demande où sont passés tous les motards qui visitent le Pérou.

Le midi on s'arrête à Cora Cora. Un habitant nous interpelle pour nous annoncer que la route qu'on devait prendre est fermée jusqu'à 18h et nous conseille un détour par Negro Mayo et la Panaméricaine. En chemin, on demande aux riverains ce qu'il en est et apparemment c'est ouvert. La route est tellement belle avec l'asphalte tout neuf qu'on n'a pas envie de prendre la déviation proposée surtout que cela nous fait passer par la panaméricaine, ce qu'on aimerait éviter. Malheureusement, après vingt kilomètres on arrive à Chaviña et effectivement il y a des travaux. Par contre, la route n'est pas fermée jusqu'à 18h, on doit attendre un peu mais on peut passer. Au moment où on s'engage on découvre que la zone en travaux est recouverte de terre fraîchement retournée, pas tassée pour un sou ce qui est assez compliqué à moto. Pour rajouter à la difficulté des camions arrivent en face alors que la voie est relativement étroite et forcent le passage. On se retrouve à rouler sur la partie la plus molle au lieu des traces de pneus. Thomas s'en sort. Adeline se retrouve dans la tranchée pour laisser passer les camions, qui la frôlent. Au redémarrage, la roue arrière part de travers: l'avant sur le dur, l'arrière dans le mou... elle gère et sort de là sans chute. C'est passé mais ce n'était pas une partie de plaisir. On enchaine ensuite avec 80 km de piste au lieu de l'asphalte espéré mais cela se fait bien. Il y a peu de trafic, et encore une fois les paysages autour de nous sont superbes.

Lagune turquoise entre des collines dorées sur la piste vers Puquio
Sur la piste vers Puquio, encore un paysage superbe.

On arrive enfin à Puquio où on trouve l'hôtel "Los Andes" grâce à iOverlander. Il s'agit d'une ville de passage très fréquentée par la panaméricaine qui relie la côté à Cusco passe par là. Autant dire qu'on est loin des villages tranquilles qu'on a pu traverser les derniers jours. Le soir on est affamé, on décide donc de se faire un burger. Adeline commande un burger classique et reçoit un burger hawaïen. No way ! Elle le renvoie mais elle est prête à parier que c'est le même qui revient de la cuisine, la tranche d'ananas en moins. Le soir il fait très froid dans la ville, on est toujours en altitude et lorsque le soleil a disparu cela se ressent. Comme partout au Pérou, il n'y a pas de chauffage dans la chambre, il faut payer un supplément pour avoir un chauffage d'appoint.. on décide d'aller se coucher au chaud sous la couette!


Nazca et la route de la côte

Pour rejoindre Nazca, on n'a pas vraiment d'autre choix que d'emprunter la Panaméricaine. On doit reconnaitre qu'il y a de beaux virolos sur un asphalte lisse, mais également beaucoup de camions à doubler. On est assez rapidement arrivés à destination et à l'hôtel on croise deux motards immatriculés au Paraguay. Thomas discute longtemps avec le gars : en fait, ils sont allemands. À croire que la moitié des Paraguayens sont allemands. On n'a pas le réflexe de leur proposer de dîner ensemble et on passera la soirée chacun de son côté. On parle beaucoup des rencontres en voyage, de leur importance, mais la réalité c'est que le contact n'est pas toujours simple. Parfois on est fatigués, parfois on a peur de déranger. Après coup on regrette, mais c'est comme le choix des routes : on ne peut pas revenir en arrière. Il faut prendre l'instant comme il vient.

Le lendemain matin, on file prendre un petit déjeuner au café où on s'est arrêté hier en fin de journée et coup de bol, Adeline récupère les lunettes de soleil qu'elle avait oubliées. Oups. Au moment de ranger les affaire, c'est au tour de Thomas de ne pas trouver sa veste de moto. On s'aperçoit rapidement qu'elle est restée au restaurant où on a diné la veille mais il est fermé jusqu'à 14h. Heureusement, la propriétaire est sur le trottoir, reconnaît Adeline et appelle Franklin, qui vient nous ouvrir. Pas un pour rattraper l'autre.

Géoglyphes de Nazca tracés dans le désert vus depuis le mirador
Lignes et figures de Nazca dans la plaine, la Panaméricaine en bordure
Les lignes de Nazca depuis le mirador. Plus petites qu'on l'imaginait.

Les lignes de Nazca nous déçoivent : c'est plus petit qu'on l'imaginait et la Panaméricaine traverse carrément une des figures. On ne s'attarde pas. Sur la route d'Ica, ce qui nous frappe surtout ce sont les déchets. Il y en a partout le long de la route et ça pue. On avait déjà fait ce constat au Vietnam, et ça nous questionne sur l'éducation à l'environnement, sur le sens de nos efforts en France quand, ailleurs, rien ne semble suivre. On n'a pas la réponse mais cela nous interpelle.


Ica, chez Guillaume

À Ica, la circulation atteint des sommets. Des mototaxis à droite, à gauche, on ne sait pas s'il y a deux ou trois voies, ça klaxonne dans tous les sens. On arrive chez Guillaume sur les nerfs. Mais l'accueil est fluide, comme si on se connaissait depuis toujours. Le soir, on file dîner au "Bistrot Bastille", son restaurant qui est un bistrot français: cocktail, vin, plat et dessert. Après 8 mois de voyage, on se fait plaisir et ça fait du bien!

Les deux motos garées devant le Bistrot Bastille à Ica
Les motos devant le Bistrot Bastille de Guillaume, à Ica.

Le lendemain, on part à la chasse aux pièces de moto. On cherche une chambre à air et un kit chaîne pour Thomas. Les boutiques affichent « repuestos » sur la devanture, mais n'ont rien en stock. Même une chambre à air de taille classique, impossible à trouver. Au bout de deux heures, on rentre bredouilles, un peu dépités. En plus de cela, circuler dans Ica se révèle particulièrement compliqué. Thomas se fait couper la route et manque de peu l'accident. A ce moment là on décide qu'on ira à Lima en Bus si Guillaume veut bien garder nos motos.

L'après-midi, on file regarder France-Paraguay à Huacachina, l'oasis entourée de dunes. Difficile de ne pas suivre la coupe du monde alors qu'en Amérique latine le foot est une véritable passion! On doit dire qu'on est assez déçus. Derrière les belles photos, c'est surtout un village blindé de touristes où on se fait alpaguer pour des tours de quad à chaque coin de rue. Ça casse un peu le mythe. On assiste à une victoire de la France mais on est les seuls contents de ce score! Le soir, on retourne au restaurant "Bistrot Bastille" où on se régale avec le bœuf bourguignon. Une tuerie. Alors qu'Adeline est fatiguée, Thomas refait le monde avec Guillaume jusque tard dans la nuit.

Le dimanche, Adeline profite d'être pas très loin de Paracas pour aller voir ses parents qui séjournent là-bas. Thomas de son côté bricole sur les motos et déjeune dans une bodega avec la famille de Guillaume. C'est notre dernière journée à Ica, demain on prend la route direction Lima.


Lima en bus, entre kendo et magasins vides

On prend la route de Lima en Bus, on passe par la compagnie Cruz del Sur qui a bonne réputation niveau sécurité. L'arrivée à Lima est un choc, on n'a pas l'impression d'être au Pérou. Certes, on a choisi un logement dans le quartier de Miraflores, plébiscité par les touristes car il est safe. Malgré tout, on est surpris par la capitale.

Miraflores est moderne, propre, on a l'impression d'être en Europe. Même le centre historique de Lima n'a rien à voir avec Arequipa ou Cusco. Il y a un décalage entre la capitale et le reste du pays, comme partout, mais ici c'est vraiment deux mondes. Les gens qu'on rencontre le confirment : Lima, c'est un tiers du pays niveau population et la vie ici est très différente des autres villes. On comprend mieux les résultats des élections qui étaient très clivants entre les votes de la capitale et des provinces.

Falaises verdoyantes et tours de Miraflores face au Pacifique à Lima
Miraflores, ses falaises et ses tours face au Pacifique.

Pour cette première journée à Lima, on a prévu de faire le tour des magasins moto pour trouver les pièces dont on a besoin pour poursuivre le voyage sereinement. Adeline trouve son bonheur pour la Himalayan. En revanche, Thomas repart sans filtres à air ni kit chaîne. Un concessionnaire KTM a bien le pignon et la couronne en catalogue, mais il n'a pas de stock. Il peut les commander mais il faut compter trois mois de délai pour les recevoir. On se demande comment font les propriétaires locaux. Même l'huile, on ne la trouvera pas dans la capitale. On espère que ce sera plus facile de trouver des pièces en Équateur, sinon on verra en Colombie.

Heureusement, il y a le kendo. On n'a pas pratiqué depuis une éternité, mais impossible de rater ça : le sensei est 7e dan et pratique jodan. Martin et les autres kenshi sont bienveillants, on ressort fatigués et heureux.

Le mercredi, on file découvrir le centre historique de Lima. On doit reconnaître qu'on n'est pas fan des capitales. Mise à part Buenos Aires qui nous a beaucoup plu, on repart souvent un peu déçu et Lima n'échappe pas à la règle. Rien ne vaut le charme des campagnes. Le soir, on retrouve des bitcoiners dans un bar. L'ambiance est sympa mais on est lessivés par la ville et les bouchons, et on n'en profite pas autant qu'on voudrait. That is Life.

Le jeudi, on regarde France-Maroc à l'Alliance française avec les parents d'Adeline, au milieu des supporters (le seul fan du Maroc se fait gentiment chambrer). Dernier café avec Patrice et Patricia, qui rentrent en France le lendemain, puis une dernière séance de kendo, Adeline enrhumée et Thomas plein de courbatures. On avait la flemme d'y aller mais comme d'habitude, on en ressort ravis.

Le vendredi, quatre heures de bus pour retrouver Ica, un dernier dîner au Bistrot Bastille, et les chaînes graissées. Les villes nous ont usés : circulation, bruit, sentiment d'insécurité. Demain, on remonte dans la montagne et on a hâte!

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