La Peru Great Divide à moto : des Andes à l'Équateur
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La Peru Great Divide à moto : des Andes à l'Équateur

« Dieu aurait eu la main lourde et donné mille beautés au Pérou. »

On quitte Ica et les grandes villes pour remonter dans la sierra. Deux semaines sur les pistes de la Peru Great Divide, la PGD pour les intimes, entre 3 000 et 5 000 m d'altitude, jusqu'à la frontière équatorienne. Les plus beaux paysages du voyage, et quelques-unes de nos pires journées.


De la Panaméricaine à la fête de la vigogne

Dernières courses à Ica avant le départ, on doit trouver de l'huile pour que Thomas puisse faire la vidange de sa moto. Le revendeur Liqui Moly n'a rien, évidemment, et Thomas n'a plus qu'une envie, partir. Adeline insiste pour aller dans la rue où se trouvent tous les magasins moto parce que si on ne trouve pas ici, ce sera pire ailleurs. Bonne pioche. À 13h, on quitte enfin la ville avec tout le nécessaire. Guillaume nous a conseillé de nous arrêter voir une lagune en chemin, mais vu l'heure qu'il est on n'a pas vraiment le temps de s'arrêter et on a vraiment envie d'avancer pour rejoindre la montagne.

Aujourd'hui on emprunte beaucoup de Panaméricaine et de lignes droites. Heureusement on retrouve de l'altitude en fin de journée, on s'arrête à Huaytará où on passera la nuit. C'est un petit village qui ne paie pas de mine mais ça fait plaisir de retrouver ces cœurs de villages qui font l'âme du Pérou.

Le lendemain, on a 70 km de route pour rejoindre la PGD. On arrive vers 12h30, dans un petit village perdu. On décide de s'y arrêter pour déjeuner car en principe après on démarre la piste et on n'est pas certain de trouver de quoi se restaurer. On demande à des péruviens s'il y a un endroit où manger ici et ils nous emmènent au fond d'une cour où il y a de grosses gamelles sur le feu. On s'assoit par terre et on nous sert à manger des patates, des fèves et une viande un peu dure à notre goût. Au moment de payer ils nous disent que c'est gratuit. On apprend rapidement qu'ils cuisinent en fait pour le Chaccu, la fête traditionnelle et ancestrale où plusieurs communautés se réunissent pour tondre les vigognes. La fête se déroule en ce moment même à quelques kilomètres de là et ils nous invitent à y assister. Nous voilà donc à suivre le convoi de nourriture, un drapeau accroché à la moto d'Adeline.

Sur place, on est de vraies vedettes. Tout le monde veut nous parler, nous prendre en photo, et même nous nourrir une deuxième fois. Les enfants viennent en premier, puis on rencontre les chefs de la communauté. On filme un peu, et on explique que c'est pour faire un petit reportage, surtout pour nos familles. Partir n'est pas simple : ils ne veulent pas nous laisser filer sans un plat ou une bière. On répète plusieurs fois qu'on a bien mangé et on repart après une heure, un peu de laine de vigogne dans les poches.

On s'engage enfin sur la PGD et on découvre que la route est finalement asphaltée. En revanche elle est vallonnée, sauvage et belle. L'heure file et la piste reprend en fin de journée. Il nous reste 60 km à faire par rapport au programme initial mais vu l'état de la piste et l'heure qu'il est ce ne sera pas possible d'aller au bout. On décide donc de s'arrêter au prochain village. On trouve un hôtel avec un parking sécurisé: La Hacienda. La chambre est ultra confortable, presque luxueuse alors qu'on paye 70 soles la nuit. Adeline, qui adore les belles chambres, est ravie. On y croise Thomas, un cycliste qui traverse le Pérou pour aller à un mariage en Bolivie. On lui propose de partager une pizza pour le diner et on passera une super soirée ensemble.


Acobambilla, puis un col à 4 975 m

Le lendemain, Thomas le cycliste part à 9h pour 120 km à vélo. Courageux, ou fou, on ne sait pas trop. De notre côté, on est plus lent. On file au petit déjeuner proposé par l'hôtel qui en réalité consiste à boire un café avec du pain sec. Adeline file donc faire un petit complément pendant que Thomas s'occupe des motos et on prend ensuite la route vers 10h30. Au menu ce matin, de l'asphalte pour rejoindre Huancavelica où on s'arrêter déjeuner, et on fait bien : l'après-midi, c'est 70 km de piste au milieu de rien. Des cols, des épingles à n'en plus finir, c'est interminable mais très beau. On a une pensée pour les cyclistes qui font ça à la force des jambes.

Les deux motos arrêtées sur une piste d'altitude après Huancavelica
Après Huancavelica, 70 km de piste au milieu de rien.

On arrive à Acobambilla relativement tôt mais le prochain logement est à 116 km, infaisable avant la tombée de la nuit. On décide donc de prendre une chambre. Changement d'ambiance par rapport à hier soir. Il n'y a ni douche chaude, ni chauffage et ni wifi mais à 30 soles la nuit, on ne va pas se plaindre. Un couple de cyclistes est arrivé un peu avant nous et occupe la deuxième chambre. Un peu plus, et on était bon pour planter la toile de tente à 4000m d'altitude, rude. Il n'y a pas de restaurant dans le village mais le propriétaire propose de nous faire à dîner. C'est parfait! Sur la place, il y a un semblant de concert qui s'organise pour la fête de la vigogne. Des locaux veulent nous apprendre à danser, on promet de revenir après le diner mais la musique tourne court. On file donc se mettre au chaud sous la couette, à 21h extinction des feux!

L'avantage de se coucher tôt c'est que le lendemain on est sur la route à 9h15. Notre record. La piste est facile et les paysages incroyables, comme toujours depuis notre arrivée au Pérou. Vers 11h, on quitte la piste principale pour une piste défoncée et caillouteuse. On n'a pas fait de vrai hors-piste depuis un moment, mais les réflexes reviennent. On traverse une carrière à 4 300 m. Dans une montée, Adeline frôle le drame : c'était le ravin ou la chute. On tire la moto loin du bord, on la relève, et c'est reparti. Gros coup de chaud. On passe un sommet à 4 975 m, on loupe les 5 000 m de peu, dommage. La descente est flippante avec le vide sur le côté. Elle n'est pas vraiment difficile mais il y a du sable dans les épingles, et Adeline déteste les épingles et le sable!

Lagune et haut plateau doré sur la Peru Great Divide au matin
Moto chargée devant une lagune d'altitude sur la Peru Great Divide
Le matin, avant la montée : piste facile et paysages incroyables.

Si on est parti tôt c'est aussi parce qu'on espérait trouver un endroit pour voir le match de l'équipe de France à 14h. On a bien roulé ce matin et on arrive à un restaurant pile à l'heure pour profiter du match. On demande aux propriétaires s'ils ont le canal pour diffuser le match et trouvent une diffusion sur Youtube. On s'aperçoit rapidement qu'il s'agit simplement de commentaires en live et que les images diffusées tournent en boucle.. Dommage. Vu qu'on ne peut pas regarder le match, on décide de poursuivre. Si on arrive suffissament tôt Huancaya Thomas pourrait faire sa vidange en fin de journée. C'était sans compter sur les aléas du traffic au Pérou. Il y a des travaux entre Tinco et Huancaya et la route ne réouvre qu'à 17h. Au Pérou c'est assez classique, quand il y a des travaux il leur arrive de fermer la route entre 7h et 17h. Nous voilà donc à attendre 2h dans un café que la voie soit ouverte. On relativise : si on s'était arrêtés avant pour dormir, on aurait perdu toute la journée du lendemain. À 17h15, tout le monde s'élance en même temps. C'est au premier qui va passer, pas de pitié. Dans un passage d'eau, Adeline est en difficulté et se fait doubler de partout. Ambiance. On finit par s'en sortir sans heurt et on arrive à destination avant la tombée de la nuit. Seule ombre au tableau, la France a perdu.


Huancaya, les lagunes et un anniversaire de 30 heures

À Huancaya, on part à la chasse au trésor pour la vidange : un bidon et une bâche, trouvés in extremis. On décide donc de rester une nuit de plus pour que Thomas fasse l'entretien de sa moto. Adeline l'aide un peu, puis s'occupe des mails, des cartes postales et du carnet de bord. Bref, la paperasse qu'on a du mal à gérer quand on voayage. Le midi on file déjeuner au restaurant et on tombe sur la demi-finale Argentine-Angleterre. Vu le jeu des argentins, on doit bien avouer qu'on est plutôt en faveur des anglais et étonnement, on n'est pas les seuls. On découvre que l'Argentine n'a pas toujours bonne presse en Amérique latine, niveau foot mais les argentins se réveillent pendant la deuxième mi-temps et gagnent le match.

Cascades en gradins de la rivière à Huancaya
Bassin turquoise et pont suspendu à Huancaya
Huancaya, ses cascades et ses bassins turquoise. Pas le pire endroit pour une journée vidange.

Le lendemain c'est l'anniversaire d'Adeline. Elle espérait plutôt passer la journée dans un SPA que sur une moto, mais on n'a pas trouvé! On reprend donc la route après avoir attendu de longues minutes que la pompiste se décide à venir pour faire les pleins d'essence. A la sortie de la ville on découvre la lagune Hualhua. Une eau bleu turquoise à couper le souffle. La piste est facile et passe au pieds de nombreuses cascades et de nombreuses lagunes. On se régale. En début d'après-midi on contourne un glacier immense qu'on pourra admirer sous différentes facettes. On est ébahis. Finalement, c'est une très belle journée d'anniversaire qui restera dans les mémoires. On s'arrête déjeuner vers 15h dans un restaurant qui pêche la truite dans ses bassins à la commande. Impossible de faire plus frais.

Lagunes turquoise en chapelet au fond de la vallée de Huancaya
Lagune d'altitude et sommets enneigés sur la piste après Tanta
Le jour de l'anniversaire d'Adeline : des lagunes turquoise au réveil, les glaciers à midi.

On fait un point sur notre étape du soir et on décide de s'arrêter dans une ville située à 20km car sinon on ne sait pas trop dans quoi on s'engage. Pour rejoindre San Mateo de Huanchor il faut emprunter la Carretera Central, un axe routier important qui descend vers Lima. C'est l'enfer : des camions, des voitures qui se mettent à notre hauteur, qui tentent de nous doubler à l'entrée d'un tunnel. Adeline s'agace et leur fait signe à deux reprises qu'ils roulent n'importe comment. San Mateo de Huanchor n'a aucun intérêt, il s'agit juste un lieu de passage qu'on trouve bruyant. On rencontre quelques difficultés à trouver un hôtel et on décide de sortir un peu de la ville. Le soir, difficile de trouver un restaurant digne de ce nom pour l'anniversaire d'Adeline. On se contente donc d'un burger dans une cafétéria. Il n'y a ni bière ni gâteau pour célébrer les 39 ans d'Adeline. Tant pis, la journée restera quand même mémorable. A pr"sent il est temps de clôturer cet anniversaire qui a duré presque 30h avec le décalage horaire.

Après une bonne nuit de sommeil, on doit affronter les 20 km de arrêtera centrale qui nous ramène sur la piste de la PGD. Ce n'est que 20km mais ils suffisent à nous mettre à bout. On se sent oppressés, malmenés. On adore le Pérou, mais le Pérou nous fatigue. Heureusement, aujourd'hui on sera essentiellement sur de la piste. On passe par une mine, la trace est défoncée mais devient rapidement roulante. On se régale une nouvelle fois avec les paysages. Et au bord d'une lagune, des flamants roses, qu'on n'avait jamais vus d'aussi près. Le plan initial aujourd'hui était d'aller jusqu'à Parquín. On loupe l'intersection et on découvre un village en contrebas de la montagne. . Il est déjà 16h et il nous reste environ 30 km. C'est quitte ou double: si la piste est en bon état, on peut y être avant la tombée de la nuit mais sinon ça peut vite devenir une galère. On interroge un riverain qui nous indique qu'il y a de l'essence et des hôtels dans le village à proximité ce qui n'est pas certain à Parquín. On décide donc de s'arrêter là pour aujourd'hui.

On trouve un grifo qui vend de l'essence au bidon, un logement avec un garage. On pourra reprendre la route demain dans de bonnes conditions.

Flamants roses dans une lagune d'altitude au Pérou
Des flamants roses, jamais vus d'aussi près.

Pop-corn à 3h du matin et 200 km jusqu'à Catac

L'isolation ce n'est pas le point fort des bâtiments au Pérou. À 3h du matin, on entend des « pop... pop ». Ils font du pop-corn. A 4h du matin on entend un bruit qui s'intensifie, des gens qui parlent fort et qui font des allers-retours à l'étage pour aller aux sanitaires. Il y a même une personne qui se trompe et qui débarque dans notre chambre. Autant dire qu'on n'a pas dormi une partie de la nuit. Le lendemain la propriétaire nous explique qu'il s'agit de car de touristes qui s'arrêtent là le samedi matin, très tôt, pour visiter les lagunes aux alentours. C'est bien notre veine.

On prend donc la route un peu fatigué. On remonte la piste qu'on a emprunté hier pour descendre au village jusqu'à l'intersection pour Parquín. Il y a pas mal de circulation car on est samedi et qu'il y a un site touriste à visiter. Alors qu'Adeline s'est rangée sur le côté pour laisser passer une voiture, elle chute au démarrage. La vis du protège-main gauche est cassée, il faudra faire sans. Stressée par l'idée de faire tomber de nouveau sa moto et d'abimer le guide, elle bloque ensuite dans une épingle pourtant facile qu'elle saurait prendre en temps normal. Le mental ne veut pas lâcher, il la bloque alors qu'elle sait faire. Cela donne lieu à quelques tensions avec Thomas qui ne comprend pas ce qu'il y a de difficile. Finalement, chacun se calme, la piste s'arrange et on enquille 100 km de pistes dans la matinée, avec des épingles dans tous les sens et des paysages de rêve. On vous a dit que le Pérou c'était incroyable? Et puis, sans qu'on l'explique, l'après midi on se retrouve au milieu de rien à conduire sur de l'asphalte.Un bel asphalte bien lisse au milieu de paysages incroyables. Après une matinée sur les pistes, c'est bien agréable. On arrive dans un village vers 17h. A l'entrée, un défilé de gens déguisés nous accueille à petits coups de bâton sur la tête, dans une forte odeur d'alcool. On ne sait pas ce qu'ils fêtent, mais ils l'ont bien fêté.

Les deux motos devant des aiguilles rocheuses grises sur la Peru Great Divide
Lagunes au creux d'un canyon rocheux dans les Andes péruviennes
Une matinée de régalade visuelle, avec des épingles dans tous les sens.

Après une bonne nuit de sommeil, on se dirige vers Catac. On a prévu de faire 200 km, alors qu'on n'a jamais dépassé 160 par jour sur la PGD. On espère que ça va le faire. On descend et on remonte la montagne sur 55 km d'asphalte, pour peut-être 5 km à vol d'oiseau. C'est ça le Pérou! Ensuite, c'est reparti pour la piste. On passe un pont qui s'est affaissé d'un côté, rassurant, puis on traverse un canyon superbe avant de s'élancer dans une ascension sans fin: près de 2 000 m de dénivelé. C'est interminable, on enchaine une nouvelle fois les épingles. On sommet il y a un village où on trouve de l'essence pour l'AJP mais il n'y a rien à manger. On décide donc de poursuivre.Le pompiste nous promet une piste avec moins de dénivelé et plus facile. On n'a visiblement pas la même définition d'une piste facile: pierres, trous, sable, on enchaîne. À 15h, on n'a toujours pas croisé de restaurant, on décide donc de s'arrêter pour grignoter quelques grains de raisin, du chocolat et une banane. Par moment la piste s'élargit, devient un peu plus roulante et on avance. À 16h30, le goudron réapparaît. On est rassuré, on sait qu'on va réussir à rallier Catac. Le soir on est affamé. Après avoir posé les affaires à l'hôtel on ressort manger dans une polleria, un classique au Pérou.

Rivière au fond d'un canyon rocheux sur la route de Catac
Vallée profonde et versants arides pendant la longue montée vers Catac
Le canyon, puis l'ascension sans fin : presque 2 000 m à remonter.
Lagune et Cordillère Blanche enneigée sur le haut plateau avant Catac
16h30 : le goudron, et la Cordillère Blanche en face.

Pastoruri, Huaraz et les lagunes turquoise

Les journées se suivent et ne se ressemblent pas. Aujourd'hui on a prévu une petite journée. On va au glacier Pastoruri avant de rejoindre Huaraz situé à 40km. Les 11 km de piste pour se rendre au glacier est large et facile, ça fait du bien. Sur place, petite déconvenue : il nous reste 5 km de marche aller-retour, à 4 700 m pour pouvoir admirer le glacier de près. Les locaux proposent de faire la montée à cheval, mais faut pas déconner. C'est un peu rude de marcher, avec l'altitude et le dénivelé on a le souffle court mais la vue en haut valait largement l'effort fourni: le paysage est magnifique. Le glacier est plus petit que le Perito Moreno, mais on peut l'approcher de très près, et on est seuls au monde. On pensait que ce n'était pas très touristique mais en redescendant on se rend compte que trois bus sont arrivés. Timing parfait.

Lagune au pied du glacier Pastoruri
Front de glace du glacier Pastoruri au-dessus d'un lac gelé
Le glacier Pastoruri, à 4 700 m. On peut l'approcher de très près.
Thomas monte vers le glacier Pastoruri sur le sentier de pierres
Selfie d'Adeline et Thomas devant le glacier Pastoruri
Le souffle court, mais seuls au monde.

On déjeune sur le site et on reprend la route direction Huaraz où on a prévu de faire une halte dans un garage moto. On a quelques bricoles à faire, retourner le pneu avant de Thomas et réparer le protège-main de la Himalayan, cela ne devrait pas nous prendre longtemps. On arrive à 15h mais en réalité on ne ressort de là qu'à 18h... c'était long! Heureusement dans l'intervalle Adeline a trouvé un logement à proximité, on n'a plus qu'à aller se reposer.

Le soir on fait un point sur la suite du voyage. On décide finalement de sortir du Pérou le 27 juillet au plus tard. Notre assurance moto expire à cette date et même si on adore découvrir les paysages du Pérou on est fatigué par la conduite, la désorganisation de la vie quotidienne et le bruit. Il nous reste un stop touristique à faire et ensuite on file vers le nord direction l'Equateur.

Le lendemain on prend donc la direction du Parc national de Huascaran pour admirer la Laguna Paron. On aurait pu faire la grande boucle qui passe à travers le parc mais cela nous parait difficilement faisable dans la journée et on n'a plus beaucoup de temps devant nous. En plus, on voudrait arriver tôt à Caraz, on a deux ou trois choses à gérer, mais évidemment les choses ne se passent pas comme prévues. Sur la route qui mène au parc on tombe sur des travaux. « espera un ratito » qu'ils nous disent: on est bon pour 40 minutes d'attente. A 13h on est au pied de la lagune: l'eau est d'un bleu turquoise incroyable. Wahou. On n'avait pas vu une eau aussi bleu depuis Puerto Tranquilo au Chili. C'était magique. Mais la magie est de courte durée: Adeline s'aperçoit qu'elle a perdu le flexible du gonfleur. Thomas se met en colère, c'est quelque chose d'essentiel pour le voyage et ça l'agace cette capacité à tout perdre. On rebrousse chemin en silence et on le retrouve... écrasé par des voitures. On n'a plus qu'à chercher un autre gonfleur à acheter mais on avait d'autres projets pour l'après midi. Nous qui étions un peu pressés, sur la route du retour on n'échappe pas à l'attente liée aux travaux. L'occasion de discuter avec des français installés au Pérou et un motard qui voyage solo, mais cela nous met en retard sur le planning. On arrive finalement à Caraz à 17h30. On doit faire quelques magasins mais on finit par trouver un gonfleur. C'est un soulagement. Le soulagement est de courte durée puisque quand on le teste on découvre qu'il dégonfle les pneus au lieu de les gonfler. Décidément. Heureusement, le vendeur accepte de nous l'échanger et ça fonctionne! Hourra. On arrive finalement au logement qu'on a réservé pour 18h30. Thomas s'occupe des motos pendant qu'Adeline file à la laverie et finalement à 19h30 on est prêt pour la soirée tartiflette proposée par l'auberge. On n'est pas contre un peu de réconfort ce soir.

Laguna Parón, turquoise entre deux parois rocheuses
Laguna Parón et sommet enneigé de la Cordillère Blanche
La Laguna Parón. Wahou.
Selfie de Thomas et Adeline au bord de la Laguna Parón
Avant de découvrir la perte du flexible...

Pallasca de nuit et l'après-midi aux quatre chutes

Au moment de partir pour la soirée tartiflette, un groupe de motards équatoriens sont arrivés. Ils ont littéralement squattés le hall d'entrée de l'auberge avec des toiles de tente. En soit, ce n'était pas un problème mais on a moyennement apprécié le boucan qu'ils ont fait à 6h du matin au moment de remballer leurs affaires. On se rendort difficilement et on a la tête dans le pâté au réveil. Autant dire qu'on n'est pas très productif ce matin et on décolle finalement du logement à 11h. Il y a des jours comme ça. D'un autre côté, on n'a bien fait de ne pas partir tôt, à peine 10km que la route est barrée: elle n'ouvre qu'entre 12h et 13h. Nous voilà donc déjà à l'arrêt. Au programme aujourd'hui, le Cañón del Pato et ses 35 tunnels. C'est un mix entre de la piste et de la route. C'est assez sympa mais moins impressionnant qu'on l'imaginait. On enchaîne les tunnels, on croise quelques voitures et camions mais tout se passe bien. Après la pause déjeuner, on poursuit sur une piste défoncée qui nous secoue un peu. On tombe de nouveau sur des travaux et là, c'est la goutte d'eau qui fait déborder le vase: alors qu'on attend sagement dans la file d'attente, des camions et des voitures arrivent et se mettent en double filent pour être les premiers à passer et bloquent complètement la circulation. On s'agace devant autant d'incivisme et on se colle devant pour ne pas être gêné. On n'est pas mécontent après 3h de piste de retrouver du goudron. Mais ce plaisir sera de courte durée! Le GPS propose qu'on passe par la 3N, il reste 105 km jusqu'à Pallasca, mais un panneau nous indique 53 km en passant par une piste. Vu l'état de la piste, et la différence de km, on décide de prendre le raccourci. Première erreur.

On finit sur une piste de montagne, face à des camions qui ne s'arrêtent pas dans les passages étroits. Thomas se voit contraint de reculer à certains moments et bien évidemment le camion continue à avancer. Après 1h de piste, on suit un panneau plutôt que le GPS. Deuxième erreur. Après 30 min on se rend compte qu'on ne va pas dans la bonne direction et qu'on doit faire demi-tour. Il est 17h45, il nous reste 20km. On essaye de tracer, la piste n'est pas compliqué mais nous voilà bloqué par un péruvien allongé au milieu de la route. On se demande s'il n'est pas mort, mais il est juste ivre mort au milieu de la voie. Des chauffeurs de camion qui viennent en sens inverse tentent mollement de le bouger et 15 min plus la solution est résolu. Les camions passent et nous on poursuit notre chemin. Avec tout ça, la nuit tombe. Adeline, qui n'aime pas rouler de nuit, encore moins sur la piste, chute en croisant une voiture au milieu d'un pierrier. On arrive finalement à destination à 19h, épuisés. On dépose nos affaires à l'hôtel et on décide d'aller manger une pizza dans un restaurant qu'on a repéré sur la place du village. On commande deux pizzas mais la serveuse n'a pas compris notre commande et ramène deux parts. Il faut dire qu'ici ils ont l'habitude de partager leurs pizzas mais nous, on a faim! « Dos enteras. » « ¿Seguro? », oui oui on est sûrs de nous. Tout le monde nous observe engloutir nos deux pizzas et à la fin du repas on nous demande si on est italiens.

Après une bonne nuit de sommeil, on reprend la route. Il y a des jours dont on se souvient pour les paysages, et d'autres qu'on racontera à tout le monde parce que c'était une vraie galère. Cette journée rentre dans la deuxième catégorie. Le matin, on fait le plein et on avance sans encombre jusqu'à Santa Clara de Tulpo. On est content, on a bien avancé et il reste 66 km jusqu'à Huamachuco en prenant la piste. Le restaurateur chez qui on s'arrête nous dit qu'elle est facile et qu'en 3h on devrait être arrivé. Ni une ni deux, on s'engage sur la piste et on laisse de côté la 3N. Quelle erreur, à croire qu'on n'apprend pas de nos erreurs. Nous voici sur des petits chemins de montagne pourris, il y a des pierriers. Un enfer. Adeline chutera 3 fois dans l'après midi, Thomas une fois. Il finit par prendre le relais sur les tronçons difficiles, c'est plus facile que de relever la moto et c'est un coup à vraiment se faire mal avec la fatigue. Après 2h de galère, on arrive enfin en haut de la montagne, la piste semble plus large et facile. Sauf qu'elle est barrée! On arrive en fait sur un site minier et l'accès est contrôlé. Heureusement ils nous laissent passer et on avance pas trop mal. A 17h il nous reste 30 km de piste... on la choix entre suivre le GPS qui passe par une piste étroite ou une voie plus large. Les gens du coin nous disent que ça passe par la piste alors on teste mais au bout d'1km on fait demi-tour: il y a un gué à flanc de montagne... si c'est comme ça pendant 30 km, on va s'amuser. On rebrousse chemin et on choisit la facilité. Ce sera notre meilleure décision de la journée. On s'est rajouté 15 km mais la piste est bien plus roulante. On arrive finalement à Huamachuco à la tombée de la nuit, moins tard qu'hier, il y a du progrès. On s'arrête à l'hôtel "Nuit tranquille", assurément la nuit sera bonne.


Cajamarca, et retour sur la côte pour rejoindre l'Equateur

Fini les conneries : aujourd'hui on reste sur la 3N. Sauf qu'au Pérou, même lorsqu'on veut prendre la route nationale on n'est pas certain du révêtement. La route asphaltée se transforme en piste, il y a bien du goudron mais il se trouve sous les pierres et les éboulements. On n'avance bien vite avec tout ça. Au déjeuner, Thomas goûte enfin le Cuy en ragoût. Beurk : cela ressemble à un lapin trop cuit, avec plein de petits os, encore plus galère à manger. On arrive finalement à Cajamarca en fin de journée. On découvre que la sacoche où Adeline range ses chaussures a fondu contre le pot d'échappement. Décidément.

Vu nos difficultés à avancer ces derniers jours, et pour tenir la date du 27 juillet, on renonce aux Andes et on descend vers la côte récupérer la pan-américaine. On sait qu'on va se taper de la ligne droite mais c'est l'histoire d'une journée. Et effectivement, une fois qu'on a quitté la montagne on trace sur une chaleur étouffante, avec un traffic dense et surtout, au milieu d'une montagne de déchets qui borde la route. Triste spectacle. Pour notre dernier soir au Pérou on s'arrête à Las Lomas. On arrive suffisamment tôt pour prendre un goûter sur la place du village. On se pose tranquillement sur la place centrale et on observe les gens. On adore ces moments : tout le monde est dehors, c'est un lieu de rencontre et de convivialité. On profite une dernière fois, demain on passe la frontière direction d'Equateur.

Le Pérou a joué avec nos nerfs. Il n'y a pas un moment de répit dans les paysages, et on n'aura jamais autant utilisé le mot « incroyable ». C'est le plus beau pays qu'on ait traversé depuis le départ. Mais la conduite, les déchets, le bruit, la désorganisation nous ont usés. C'est vrai un peu partout en Amérique latine, mais cela est accentué ici. Peut être aussi qu'après neuf mois de route, on est fatigué. En tout cas, on a hâte de retrouver un peu de calme après ces 2 mois relativement intenses

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