
Le grand tri
Le jour où le rêve est devenu concret
Cela fait plusieurs années que nous avions en tête de tout plaquer et de partir en voyage à l’autre bout du monde avec nos motos.
Pendant très longtemps, ce projet est resté à l’état de rêve. Quand j’interrogeais Thomas sur la date du départ, il me répondait invariablement : « dans cinq ans ».
Après deux ou trois ans à entendre la même réponse, j’avais presque arrêté d’y croire.
Et puis un soir, il est rentré du travail et m’a lancé :
« Go, on part ! »
La date était fixée : nous partirions à l’automne 2025.
Les questions qu’on nous posait tout le temps
Une fois la décision prise, nous avons annoncé notre départ à nos familles et amis.
La plupart nous ont posé les deux mêmes questions :
- « Mais qu’est-ce que vous ferez à votre retour ? »
- « Vous allez faire quoi de toutes vos affaires ? »
Ces deux questions sont en réalité étroitement liées.
Notre réponse était simple : nous ne savons pas ce que nous ferons à notre retour. Et donc nous n’avons pas besoin de grand-chose, si ce n’est le minimum vital pour être autonomes sur nos motos.
Au-delà des deux grands fils rouges que nous nous étions fixés pour ce road trip (voir l’article précédent), nous voulions voyager au gré des rencontres, nous laisser surprendre et saisir les opportunités qui se présenteraient.
Découvrir de nouvelles cultures, de nouveaux paysages, rencontrer les locaux et partager leur quotidien. Nous savions que cette expérience allait probablement nous transformer.
Nous voulions partir l’esprit léger, avec la liberté de ne pas rentrer (ou beaucoup plus tard que prévu) si nous tombions amoureux d’un pays. Bref : profiter pleinement de chaque moment sans nous projeter sur le retour.

Le grand tri : de l’euphorie aux questionnements
Pour atteindre cet objectif, nous avons décidé de faire un tri radical dans nos biens.
Tout y est passé : vêtements, vaisselle, meubles, objets déco… Nous n’avons gardé que quelques bibelots auxquels nous tenions vraiment (enfin… on a essayé !).
La décision la plus lourde a évidemment été de vendre l’appartement, et de se retrouvés techniquement sans logement fixe. Mais c'était le plus simple pour, pas de gestion de locataire à distance, et puis nous en avions aussi besoin pour le budget.
Pour certains, cette phase de désencombrement peut être très stressante. Pour nous, au contraire, la perspective d’avoir moins de biens matériels nous apportait une sensation de liberté et une sérénité inattendue.
Au début, nous nous sommes pris au jeu avec plaisir. Chaque objet dont on se débarrassait nous procurait un sentiment de satisfaction : plus d’espace, moins de bazar, moins de choses à ranger.
Puis est venue la phase plus compliquée. Nous nous sommes heurtés à de vrais questionnements :
- Est-ce qu’on garde cet objet parce qu’il est utile… ou « au cas où » ?
- Est-ce qu’on culpabilise de donner quelque chose simplement parce qu’on nous l’a offert ?
- Doit-on garder uniquement ce qui est utile ou aussi ce à quoi on est émotionnellement attaché ?
- Et où range-t-on ce qui reste quand on n’a plus aucun meuble ?
Prendre un objet dans ses mains faisait souvent remonter des souvenirs. Se séparer de ses affaires, c’est aussi accepter un certain lâcher-prise et parfois tourner la page sur une période de sa vie.
Nous avons fait des exceptions, bien sûr : photos, objets de famille, souvenirs d’enfance. Certaines racines méritent d’être conservées.
Après de longs débats (entre nous et avec nous-mêmes), nous nous sommes mis d’accord sur un principe simple : on ne garde pas ce qui prend la poussière ou qui n’est pas utilisé au quotidien.

Plusieurs mois de travail
Nous pensions ne pas être très matérialistes… Nous nous sommes rendu compte que nous avions encore une belle marge de progression !
Il nous a fallu plusieurs passes successives avant d’arriver à un résultat satisfaisant.
Vient ensuite la phase la plus chronophage :
- Ventes sur Leboncoin, Vinted, Facebook Marketplace…
- Dons à des associations
- Allers-retours à la déchetterie
Les ventes ont apporté un petit coup de pouce bienvenu au budget voyage.
Les dons nous ont fait plaisir : savoir que nos meubles et objets allaient avoir une seconde vie nous réconfortait.
Bilan final
Au bout du compte, nous avons conservé :
- 3 meubles seulement
- Quelques cartons stockés chez nos familles
Nous sommes partis en ayant gardé environ 20 % de tous nos biens.
Pour nous, c’était déjà un énorme pas vers le minimalisme.
Aujourd’hui, nous nous sentons légers.
Nous partons l’esprit libre, sans attache matérielle lourde, prêts à vivre pleinement cette aventure à moto en Amérique du Sud.
Et qui sait… peut-être qu’à notre retour, en ouvrant certains cartons, nous ferons un nouveau tri en nous demandant : « Mais pourquoi on avait gardé ça ?! »