
De Bariloche à la Terre de Feu: Patagonie profonde et bout du monde
« On arrive enfin sur la Tierra del Fuego. Incroyable. »
De Bariloche au bout du monde, il y a trois semaines, deux pays, un glacier, une frontière avec fouille complète, une piste qui restera comme la plus belle du voyage, et un ferry qui nous dépose enfin sur la Terre de Feu. On y est presque!
El Bolson et la route 40 : le réveil en douceur
On quitte El Bolson avec la toile encore humide et un bruit suspect sur la moto de Thomas dès les 50 premiers mètres. Arrêt immédiat pour resserrer la fixation du collecteur. On repart en visant le parc national Los Alerces par la route provinciale 71, mais à Cholila on apprend que l'accès est fermé à cause des incendies. Demi-tour, retour sur la route 40. Dommage mais les paysages depuis l'asphalte sont déjà magnifiques. Des montagnes, des villes qui ressemblent à des oasis, des lacs en bord de route. On arrive dans un camping en bord de lac vers 18h30: 30 000 pesos pour deux, il y a même du charbon pour l'asado, l'endroit est parfait.

Messi ou Mbappé ? La frontière chilienne
Le lendemain, on passe pour la première fois la frontière chilienne. Le passage de frontière est toujours un moment particulier. Même si en Amérique latine c'est relativement simple, ce n'est jamais organisé de la même manière d'un pays à l'autre, alors on se lance dans cette nouvelle découverte Côté argentin : 45 minutes de file d'attente, et l'inévitable question du douanier qui lève la barrière. Messi ou Mbappé ? « Claro que acá es Messi. » Bonne réponse, on passe. Cinq kilomètres plus loin, côté chilien : déclaration sur ordinateur, migration, T.I.P. rempli à l'arrache, sans numéro de châssis, juste la marque et le modèle noté à la main par Adeline. On a essayé d'en parler, mais le douanier nous fait comprendre que c'est bon... on croise les doigts! Puis : première fouille de sacoche depuis le départ. Le miel passe à la poubelle. Mais ça y est, on est au Chili: c'est vert, c'est beau, et le saumon ce midi était excellent.
La route 41 : la plus belle piste du voyage
Les deux Pablo rencontrés à Chos Malal nous l'avaient conseillé: la route 41 De Los Antiguos à Lago Posadas. On a longuement hésité mais après moult tergiversation, et sur l'insistance d'Adeline, on décide de se lancer. C'est parti pour 160 km de ripio argentin sur une voie large, et roulante. Dès le premier virage on est scotchés: rivières, montagnes enneigées, lumière de Patagonie. Après chaque montée, un nouveau paysage qu'on n'attendait pas. On est subjugués et on ne comprend pas pourquoi il n'y a personne d'autre ici. Pas un touriste. Juste nous. On croise quelques Américains en moto avec leur guide mais c'est tout alors qu'il y a des panoramas à couper le souffle toutes les dix minutes. Sans hésitation, on peut dire que c'est la plus belle piste depuis le départ du voyage. On arrive à Lago Posadas crevés et heureux, convaincus d'avoir fait le bon choix d'itinéraire, alors que la plupart des gens restent sur la route 40.


Les 73 Malditos : finalement, c'est facile
Adeline appréhendait depuis des semaines. Cette route, hyper célèbre chez les motards, réputée pour ses pierres et son ripio infernal. Thomas était convaincu que ça ne pouvait pas être pire que ce qu'on avait déjà fait. Il avait raison. Gros cailloux, passages de terre secs, oui. Mais à 60-70 km/h en une heure, c'est plié. On est même un peu déçu. Trois mois de pistes, les bons pneus, la confiance construite kilomètre après kilomètre : ça passe. On s'arrête déjeuner à Tres Lagos, on croise des Français en route pour Ushuaïa, et on reprend la route vers El Chalten. À l'approche de la ville, le Fitz Roy apparaît sur des kilomètres sous un ciel parfait. On enchaîne les photos. On arrive finalement à destination et on doit bien reconnaitre que La casa de Los Bicicletas où on dort ressemble à un squat hippie mais les draps sont propres et à 40 000 pesos argentin pour une nuit, c'est parfait.

El Calafate, la vidange et le glacier
El Calafate, c'est la ville touristique par excellence. Ça parle anglais, français, chinois. Ce n'est pas vraiment notre milieu, mais c'est une étape nécessaire. On a prévu un programme chargé: vidange de l'AJP, lessive, glacier Perito Moreno. Sauf que dès le premier jour, Thomas se réveille un matin avec une douleur vive à la cuisse, incapable de se lever, aucune idée du pourquoi, surement un faux mouvement la veille et l'approche des 40 ans.... Anti-inflammatoires, repos forcé. En début d'après-midi ça va mieux. Il fait sa vidange, l'AJP est prête pour 5 000 km supplémentaires.
Le lendemain on file au glacier à moto. Beaucoup de monde, c'est inévitable. Mais le spectacle vaut le coup : les morceaux de glace qui se détachent dans un bruit sourd, les nuances de bleu, la taille impressionnante. Honnêtement, ça nous a moins bouleversés qu'Iguazu, mais ça reste exceptionnel. On reste longtemps, on écoute, on observe. Cela reste un moment hors du temps.




Torres del Paine sous le vent
Puerto Natales, c'est l'étape logique avant Torres del Paine. On y croise Denis, 64 ans, qui voyage en sidecar suite à des problèmes de cœur. Il faut savoir qu'on a souvent croisé Denis sur la route, sans jamais réussir à l'aborder. Cette fois-çi, c'est l'occasion de faire connaissance. Du coup, Thomas et lui discutent pendant des heures pendant qu'Adeline plante la toile de tente dans le jardin de l'auberge.
Le lendemain, direction le parc "Torres del Paine". Il fait froid, il y a du vent, et la piste d'accès est ondulée. Mais les montagnes, les lacs, les miradors : c'est vraiment notre truc. Le paysage ici est incroyable, difficile de faire plus "Patagonie" que ça. On met trois heures à traverser le parc, on s'arrête à chaque point de vue. Sur le retour, la réserve de Thomas s'allume : 100 km à tenir avec 5 litres. On prie. Finalement, g^race aux conseils d'autres voyageurs, on arrive à faire un plein d'urgence à Cerro Castillo, dans une "station" pas vraiment officielle. Cela nous permet de faire les derniers 80 km de ligne droite qui nous attendent, avec un vent de face histoire de bien finir la journée.



Punta Arenas et le bout du monde à portée de roue
Punta Arenas, c'est froid et venteux. Mais la Guarida, le garage-repaire de motards de la ville, est une découverte : des proprios sympas, une Buell improbable dans le fond du garage, un café offert. On discute pneus et itinéraire.
Le lendemain, on file à Punta Arbol. 40 km d'asphalte, puis de la piste carrément sur la plage ! On roule sur le sable. On arrive au bout du bout, là où il est impossible d'aller plus loin sans devoir prendre un bateau. La mer, la montagne, le vent, le silence. On mange notre picnic sur la plage. Le décor est incroyable.



Le ferry, la Terre de Feu
Le 20 février, ferry de Punta Arenas à Porvenir. Deux heures de traversée sur le détroit de Magellan. On embarque les motos, on regarde l'eau défiler. Et là, en arrivant : la Tierra del Fuego. Incroyable d'y être enfin. On pose les roues sur l'île vers 19h30. La chambre à l'hôtel 644 de Porvenir a vue sur la mer, c'est rustique, traditionnel, parfait. Ushuaïa n'est plus très loin.

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